poèsie

Une brume de bonheur après l’orage…

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Un très grand amour, ce sont deux rêves qui se rencontrent et, complices, échappent jus- qu’au bout à la réalité. (Romain Gary)

Pour franchir le vide qu’ouvre la feuille blanche sur la table, le nuage passe, se glisse dans les mots que je lui prête. L’ombre d’un instant glisse sur ma feuille. Pendant des heures je regarde le ciel et les nuages me tiennent lieu de pensées.

Faut-il se résoudre à laisser aller notre destinée vers des chimères qui ne nous conduisent que dans la douleur.

Il n’est plus aucune heure sur ton visage qui ne me souvient. Des bonheurs débusqués lorsque la vie espère des lendemains chantant, quand l’amour prend la vague du ressentiment à rebours, la vie devient un festin au repas du destin qui met le mal en fuite. Une brume de bonheur après l’orage pour ne pas oublier que c’était hier que nous nous sommes aimés.  (Roberte Colonel 31/5/2017)

 

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poèsie

capital de la douleur (extrait)

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Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres.
Nos silences, nos paroles.
La lumière qui s’en va, la lumière qui revient.
Un seul sourire pour nous deux. Pas besoin de savoir.
J’ai vu la nuit créer le jour sans que nous changions d’apparence.
O bien aimée de tous, bien aimée d’un seul, en silence ta bouche a promis d’être heureuse.
De loin en loin dit la haine, de proche en proche dit l’amour.
Par la caresse nous sortons de notre enfance.
Je vois de mieux en mieux la forme humaine, comme un dialogue d’amoureux.
Le coeur n’a qu’une seule bouche.
Toutes les choses au hasard, tous les mots dits sans y penser.
Les sentiments à la dérive.
Les hommes tournent dans la ville.
Le regard, la parole et le fait que je t’aime, tout est en mouvement.
Il suffit d’avancer pour vivre, d’aller droit devant soi vers tous ceux que l’on aime.
J’allais vers toi. J’allais sans fin vers la lumière.
Si tu souris, c’est pour mieux m’envahir.
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard.

Extrait de Capitale de la Douleur dePaul Eluard

poésie

Je t’avais attendu…


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 je t’avais attendu

mais jusque-là sans douleur
j’attendais aussi le poème véritable
tu me l’as donné
alors désormais je me tais
je te laisse ma dernière lumière
tu éteindras
tu m’embrasseras en quittant
car tu étais, depuis longtemps,
mon imprévisible douleur
et demain
mon silence malheureux

Normand de Bellefeuille, Un visage pour commencer

Ecrivain

L’accident…

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Elle ne s’était plus promenée seule dans le parc depuis longtemps. Toute une année qu’elle n’avait pu admirer l’allée somptueuse bordée de rosiers odorants qui embaumés aux alentour de l’habitation.

Il y avait dans les yeux de Sophie tant de tristesse,  ses joues étaient si pâles que même l’aire qu’elle respirait ne parvenait pas à les colorés.

Un an déjà que l’accident avait eu lieu. Un an qu’elle avait été transportée d’hôpitaux en maisons de rééducation sans espoir qu’un jour elle puisse être de nouveau autonome. L’accident avait eu lieu à quatre kilomètres de leur maison.  Une voiture folle était venue s’encastrer à vive allure dans la voiture que conduisait Thibault ne lui laissant aucune chance de sortir vivant. de ce fracas de tôles encastrées les unes dans l’autres . Sophie  entendait encore le bruit infernal du choc, leurs cris a tous les deux, puis la projection de son corps  sur Le bas coté de la route, et tout ce qui s’en suivit… Les interminables minutes dans l’attente des premiers secours, les moments où elle dut s’imposer la prudence qui commandait à son corps de ne pas bouger, de rester inerte malgré des souffrances insupportables dans le dos et  et dans les jambes.  Au moment du choc tout c’était embrouillé dans sa tête, rien ne paraissait réel ni l’accident , ni ce que disait les secouristes, seule l’ envie de disparaître, de couler doucement vers cet appel d’un autre ailleurs qui la retenait encore vivante.  Elle voulait qu’on arrête ce tintamarre que l’on faisait autour d’elle, qu’on la laisse s’endormir! Elle ne pouvait exprimer quoi que se soit. A demi  inconsciente aucun son ne franchissait ses lèvres.  Après plusieurs mois de soins intensifs à l’hôpital elle avait finit par sortir de sa léthargie. S’en suivirent une longues période de rééducation nécessaire  pour  qu’enfin elle puisse se mouvoir à nouveau . Sophie ne pouvait oublier que Thibaut n’avait pas eu sa chance ; celle de pouvoir être éjecté de son siège. Thibaut lui manquait tant.  Et puis, comme si la mort de son mari n’était pas assez douloureuse,  elle avait dut faire face à d’ infamantes rumeurs pendant qu’elle  se trouvait à l’hôpital.  Elle  appris qu’un bruit courait sur son mari et que de prétendues dettes de jeux n’avait pas été honorées par Thibaut . Le chauffard aurait volontairement foncé sur leur voiture voulant lui faire peur. Une enquête avait été diligentée sur place. Le chauffeur du s’expliquer sur les raisons de l’accident. Il avoua spontanément qu’il s’était trompé de voiture et que Thibaut n’était nullement mis en cause  dans cette affaire.

 Pourquoi évoquait-elle encore ces images ? Peut être pour se sentir liée à ce passé d’avant ou tout semblait leur sourire. Pour ce dire que Thibaut était toujours vivant ! Pour affirmer qu’il était toujours présent ! Qu’il avait, comme tous les vrais vivants son amour, son irremplaçable provision de souvenir.

Elle sourit avec amertume. Comment avait on pu oser profaner de tels bruit, de tels mensonges,  alors que son mari était décédé et pourquoi ? De ce fait, en cette belle première matinée de printemps elle se disait que si Thibault était encore là tout aurait été différent, malheureusement il y avait eu cet accident. Le regard fixe elle tourna les yeux vers le parc. De fines rides apparaissaient au coin de ses paupières, meurtrissures étranges, signes peut-être des nuits sans sommeil à l’extrême limite de la résistance. Puis, Le visage de Sophie changea d’expression, devint plus sombre elle ne pouvait oublier ses heures féerique passées dans le parc avec Thibaut. Ce merveilleux parc où ils avaient pris du temps a surveillé attentivement leurs plantations, et la végétation florissante dont ils étaient si fiers.  Elle n’eut d’yeux que pour les allées sous les arbres, pour les haies de lauriers criblées de taches de soleil,  pour la terrasse et la bordure bleue de la piscine.  Elle se souvenait combien ils étaient proches, si heureux tous les deux. Une fulgurante pensée  lui vint que quoi qu’il puisse arriver dans sa nouvelle vie… que rien dans ce parc ne changerait plus jamais, que le ciel venait de s’immobiliser pour toujours avec son soleil fou, emballé au-dessus des arbres, et sa lumière fixée pour l’éternité. (Nouvelle de Roberte Colonel)

 – NB : Une fois encore l’inspiration m’est venue en regardant  la toile d’Eugène Grasset « Femme à la rose » fil conducteur  de cette nouvelle : « L’accident. »

La femme à la rose de Eugène Grasset (Lausanne, 1845 – Sceaux, 1917)

Femme à la rose, vers 1900
Aquarelle sur papier, 65 x 50 cm
Acquisition, 1984
Inv. 1984-034
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Ce n’est pas le moindre des paradoxes de Grasset que d’avoir été considéré comme le chantre de la femme, alors que ses Carnets intimes le révèlent d’une rare misogynie. Pour lui, «l’homme et la femme ne sont pas seulement différents par le physique, mais leur mentalité est ennemie l’une de l’autre (…). Et la femme n’a rien à donner si ce n’est son corps».

Ce corps craint et détesté, l’artiste va le réduire à une proposition graphique. La femme de Grasset est atemporelle, son être une figure malléable, applicable – comme tout autre objet naturel – à un propos allégorique ou à un usage décoratif. L’artiste la traite comme un élément inanimé, entretenant des correspondances formelles avec les plantes. Fleur parmi les fleurs, asexuée, mélancolique et muette, elle n’est pas portraiturée mais réduite à un type pour lequel de nombreux commentateurs de l’époque s’enthousiasmèrent, le rapprochant à juste titre de celui des femmes représentées par les Préraphaélites anglais et, auparavant, par Sandro Botticelli.

S’il est probable que Grasset réalisa Femme à la rose en vue de quelque affiche, pour orner un calendrier ou illustrer une publication, le projet ne dut pas aboutir car cette aquarelle n’a pas de correspondance dans son corpus imprimé. L’artiste art nouveau réalise ici la quintessence de sa formule décorative. Devant un paysage encadré par deux bouleaux, une jeune femme s’est arrêtée le long de l’allée sablonneuse d’un jardin. Sa silhouette longiligne est serrée dans une robe mauve toute en arabesques qui marque la finesse de sa taille. Penchée sur une branche de rosiers, elle respire l’odeur d’une fleur. Son bras déployé contrebalance l’arc de son corps. Bi dimensionnalité, aplats de couleurs pures et lumineuses, cernes noirs et découpage précis des formes disent les sources d’inspiration stylistiques de l’artiste qui puise dans le vitrail médiéval et dans l’estampe japonaise. 

Bibliographie 

Catherine Lepdor (dir.), Eugène Grasset. L’art et l’ornement, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Milan, 5 Continents Editions, 2011.

Anne Murray-Robertson, Grasset : une certaine image de la femme, cat. exp. Gingins, Fondation Neumann, Milan, Skira, 1999.