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Etre sorcière….

« Je dédie ce texte à mon ami poète  Charef Berkani pour nos échanges  amicaux que nous avons partagés sur ce thème. »

La sorcellerie désigne, à proprement parler, l’art d’interroger le sort (hasard, destin), et par extension d’en modifier le cours.

Le mot sorcière, féminin de sorcier, remonte à un latin populaire *sortiarius, proprement « diseur de sorts », dérivé de sors (gén. sortis), désignant primitivement un procédé de divination, puis « destinée, sort ». Les noms de la sorcière en ibéro-roman tels que le portugais bruxa, espagnol bruja ou catalan bruixa ainsi que l’occitan bruèissa, proviendraient d’un hispano-celtique *bruxtia, attesté d’ailleurs sous la forme de brixtía « sort » sur le plomb de Larzac. On rapproche ce dernier du vieil irlandais bricht « formule magique, incantation » et du vieux breton brith « magie ». Le mot anglais witch est un déverbatif du vieil anglais wiccian « jeter un sort, pratiquer la sorcellerie », comparable au bas-allemand wicken « pratiquer la divination » et au frison de l’Ouest wikje « prédire, prévenir »3.

Réhabilitation

Le premier à réhabiliter les sorcières fut Jules Michelet qui leur consacra un livre en 1862. Il voulut ce livre comme un « hymne à la femme, bienfaisante et victime ». Michelet choisit de faire de la sorcière une révoltée en même temps qu’une victime et il réhabilite la sorcière à une époque où elle avait totalement disparu derrière l’image du diable. Dans ce livre, Michelet accuse l’Église d’avoir organisé cette chasse aux sorcières, pas seulement au Moyen Âge mais aussi au xviie siècle et au xviiie siècle. Le livre eut des difficultés à trouver un éditeur et provoqua un scandale28. Michelet se défendit en présentant son livre comme un travail d’historien et non de romancier. Le travail de Michelet n’est en réalité pas un travail d’historien mais d’idéologue pour assombrir le Moyen Age et critiquer l’Eglise catholique. En effet, le Moyen Age chrétien n’a connu aucune chasse aux sorcières puisque ces chasses sont apparues à la Renaissance. D’autre part, ces chasses aux sorcières étaient menés par des tribunaux laïcs et non pas ecclésiastiques.29 Le bilan de ces chasses aux sorcières a d’ailleurs été une hécatombe en pays protestants avec notamment 25 000 victimes en Allemagne contre 1 300 victimes dans les très catholiques Espagne, Portugal et Italie rassemblées.30 Toutefois, Michelet ne leur reconnaît pas véritablement le droit à l’émancipation. Il faut attendre les mouvements féministes des années 1970 pour voir apparaître le thème sous un jour positif. Les représentantes de ces mouvements s’en sont emparées et l’ont revendiqué comme symbole de leur combat. On notera par exemple la revue Sorcières de Xavière Gauthier, qui étudiait les « pratiques subversives des femmes ».

Un tournant particulier eut lieu au début du xxe siècle lorsque l’égyptologue Margaret Murray soutint dans The Witch-Cult in Western Europe (1926) que les assemblées décrites par les accusées relateraient des rites réels et que la sorcellerie serait une religion très ancienne, un culte préchrétien de la fertilité que les juges réduisaient à une perversion diabolique. Margaret Murray s’inspirait en cela des thèses émises dans Le Rameau d’or (1911) de Sir James Frazer. Si presque tous les historiens de la sorcellerie s’accordent aujourd’hui sur le fait que les travaux de Murray sont non scientifiques et fondés sur une manipulation volontaire des documents, ils eurent à l’époque une large diffusion puisque ce fut à Murray que fut confiée la rédaction de l’article « Witchcraft » de l’Encyclopædia Britannica31.

La sorcière est montrée sous un jour favorable à travers de nombreuses œuvres de fiction, et les membres de la Wicca se revendiquent comme les héritiers d’un culte auquel auraient appartenu les sorcières du temps des persécutions.

Le féminisme de la deuxième vague a aussi revendiqué cette identité : « nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas réussi à brûler », dit un slogan célèbre. En 1968, le jour de Halloween, apparaît à New York le mouvement Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell (Conspiration féministe international venue de l’enfer, Witch) dont les membres défilèrent dans Wall Sreet. Un mouvement similaire apparaît en Italie dans les années 1970. En France, la revue Sorcières parait de 1976 à 1981 sous la direction de Xavière Gauthier. (Documentsorcellerie Wikpèdia)