Les maux de Sophie …

 Sophie se renversa en arrière et s’étira longuementElle n’aimait pas la vie qu’elle menait ; mais elle était seule à le savoir. Et de ce mystère elle tirait, en écrivaine rêveuse, une gamme de petites voluptés. Elle se plaisait à dire qu’elle y puisait d’inépuisables sources de joie. A fortiori, tromper un homme tel qu’Alexandre l’enchantait. Elle se réjouissait de n’être pour lui qu’une spécialiste de  mots et de frivolités, avide comme une éponge et douée pour les plaisirs. Il y avait en Sophie un être profond, carnivore, enfoui, qui n’aimait que la lumière.
Cependant elle éprouvait une légère inquiétude – lors qu’elle s’interrogeait sur le besoin  qu’elle avait d’Alexandre, et qui n’était pas seulement physique. « Mon pauvre ami, s’il  savait ! » Bien sûr le jeu d’amour avec cette force épaisse lui plaisait infiniment.  Elle reconnaissait à Alexandre un espoir de possession irrésistible, accompagné d’un instinct amoureux très juste. « Il savait faire », comme eussent dit les amies de Sophie. Ses mains d’orfèvre rêveurs et coléreux avaient le sens du corps de la femme – et Sophie ne rêvait rien de plus exaspérant, de plus aphrodisiaque ni de plus épuisant que ce modelage auquel il la soumettait jusqu’à l’hébétude heureuse. Elle éprouvait, cependant, aucune anxiété à savoir que pour un temps son corps à elle ne dépendait que de lui seul. « C’est dans l’ordre des choses. Et j’ai déjà connu ça. » L’exaltation d’être comblée, chez elle,  ne devenait jamais sevrage. L’essentiel était de garder son esprit clair et libre – au-dessus de la mêlée des membres, au-dessus des soupirs et des cris.
Or c’était là précisément, que se creusait l’inquiétude : l’esprit de Sophie était occupé d’Alexandre. »  – Il aime posséder se dit elle, mais il aime aussi être vaincu,  comme un enfant triste qui aurait perdu des êtres chers.
Ce qu’il déteste en moi,  ce qui l’attache à moi, ce sont les occasions que je lui donne d’être faible.
– Qu’est ce qu’il fabrique, ce salaud ?
Elle refaisait pour la dixième fois le compte dérisoire des jours :
«Son dernier message, ma réponse ça ne fait jamais que deux semaines ! – depuis le jour où il t’a confiait sa véritable  façon de vivre sa vie ! Il t’espace, ma fille ! Et voilà plus de dix jours que tu lui a écrit… Monsieur ce fait rare, Monsieur ne répond pas, Monsieur est un … Mais voilà la vérité : tu ne peux plus te passer de lui ! »  
Elle s’injuria comme elle savait le faire : bassement, sourdement, avec des mots  de charretier ivre. Cependant, elle s’observait dans la glace de la chambre. Ce visage, elle lui trouvait de l’amertume, un chagrin qu’elle ne lui connaissait pas. Elle s’approcha, considéra sa figure, son teint halé,  ces cheveux chatains foncés ,  –  et ce nez droit, ce menton allongé.
« Quand tu seras vieille, on ne verra plus que ton menton et ton nez ! » Murmura t-elle. Puis elle observa ses yeux verts dont le regard devenait fixe.
J’aimerais bien savoir avec qui  ce salaud, cet enfant de salaud me trompe !  Des injures lui venaient aux lèvres, qu’elle refoulait avec peine et parfois elle avait dû contenir un désir aigu de faire scandale. « C’est idiot ! Et ce n’est pas ce que je cherche. » Mais elle était obligée de recourir, pour se tenir en main, à toute sa volonté de femme. Elle joua un instant de cette idée. Mais la chose, a vrai dire ne lui importait guère. « Je suis la plus forte. »  Elle était une écrivaine sans grand talent, une affamée de tout ce qui ne rassasie pas. Elle n’en était que plus lucide. Elle s’observa de nouveau, et la glace lui renvoya  un visage que la perplexité rendait étrange et – charmant. Elle eut un rire intérieur, qui roula dans sa gorge. « Il n’y a pas de femme qui puisse m’enlever Alexandre ! »
Que cherchait – elle ? Sophie ne le savait pas clairement elle-même. Elle se sentait bizarrement écartelée : subissant à la fois la haine et l’attraction de l’invisible qu’elle niait et qu’elle ne voulait pas nommer.   Oui c’était l’amour d’Alexandre qu’elle cherchait là sans aucun doute. « Il y avait autre chose en elle.  Un besoin désespéré. Comme une volonté de détruire ce qu’elle aimait. Alors que dans la demi clarté de l’unique lampe, ses traits pâles revêtaient une sorte de pureté lointaine, inaccessible.
Sophie venait de parler à voix  haute, suivant sa pensée comme un fil d’Ariane. Instinctivement, elle s’était approchée de la glace et elle se regardait. Le visage, cette fois elle ne le reconnut pas : c’était un masque pâle, les pommettes saillantes y creusaient  les joues. Et ce pli au bord des lèvres, où  le ressentiment se lisait. Et ce regard enfiévré. « Arrange toi pour que Alexandre ne voie jamais cette tête là ! Jamais » (Texte Roberte Colonel) (Photo  d’Emily Blunt)
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Auteur : marieliane

Auteur de trois livres « Où es tu maman" livre document éditions Michel de Maule" et Grand Caractère". "Le Sac à dos Éditions Grand Caractère" Passion sur Internet" Avec la participation de Charef Berkani Éditions Ed2A Un roman "Le Sac à Dos" dont l'intrigue se déroule en montagne précisément à chamonix. "Le Sac à Dos" est paru aux éditions Grand Caractère. J'aime les belles ballades en montagne mais aussi dans les sentiers de ma région du Languedoc Roussillon. J'aime l'écriture et l'échange avec mes amies blogueuses.

7 réflexions sur « Les maux de Sophie … »

    1. Je n’ai plus la plume facile… dure pour me remettre sérieusement à l’écriture d’un texte aussi difficile. Merci pour ton gentil commentaire. Belle fin d’après midi a toi. Bisous.

    1. Plipperine tu te trompe il ne s’agit pas de moi dans ce texte, simplement un moment d’écriture sur une idée qui m’est venue en regardant cette image.
      Je me suis demandée à quoi pouvait penser cette jeune femme sur l’image. Je te souhaite une très belle journée.

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