Pour que cesse ce vacarme dans son cœur…

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Elle ouvre un livre, qu’importe lequel, pour que cesse ce vacarme dans son cœur, pour qu’elle ne fasse pas la folie d’un signe. Pour que se taisent en elle tous ces mots qu’elle voudrait lui dire, qu’elle ne veut pas lui dire. Pour s’imprégner d’une histoire qui n’a rien à voir avec ce trouble en elle. Que cherche t-elle si ce n’est une réponse qui lui caresse le cœur. Elle regarde longuement les mots qui défilent sans y prêter trop d’intérêt, sans effet de surprise juste se poser. Qu’il était difficile de résister à ce vertige ! Mais elle continuait de lire sans remarquer l’émoi que cela provoquait en elle. Ses yeux, grands ouverts frangés de longs cils, des yeux vastes comme la mer, tout piquetés de miniscules points lumineux. Marina était capable d’affronter n’importe quel supplice, certaine qu’elle avançait sur une planche étroite au-dessus d’un précipice sans fond. Dehors, sous le ciel incendié de juin, les végétaux semblaient figés, découpés dans d’épaisses lames de métal. Parfois l’oblique atterrissage d’un oiseau suffisait à détruire cette impression de décor artificiel.

Tout s’anima soudain, tout ce désert écrasé de chaleur prit vie lorsqu’elle le vit longé le mur d’enceinte. Quelle que chose allait ce passer, elle le devinait à la brutale accélération de tout son sang ! Avant d’atteindre la terrasse et dans un renfoncement de verdure, Antoine lui fit un signe amical, le bras levé « quelle folie ! » se dit il avec plus de tristesse, cependant, que d’inquiétude. Il se dit qu’elle allait le refuser, le rejeter. Il ne le méritait pas ! D’une manière comme d’une autre, ne devrait il pas payer pour son cynisme ? Il lui parlerait, il lui dirait pourquoi il s’était si mal conduit avec elle. Antoine se souvint que pendant son enfance il s’était blessé au bras pour se punir d’une faute commise contre sa mère. Lorsqu’il avait surpris l’attitude hautaine et quelque peu méprisante de Marina cette pensée lui donna envie de rouvrir au couteau la même blessure. Il recula encore cette minute qui le séparait d’elle, fasciné par deux insectes qui tournoyaient dehors, au ras du carrelage, s’attardaient en une danse magique. La lance d’un iris violet passait le bord de la terrasse. Bientôt tout serait peut être fini. Elle l’observait du haut de l’escalier. Soudain il lui dit :

– j’ai à vous parler Marina.

– Tout de suite 

– Oui

–  Bien. Venez. Je vous écoute.

Trop calme elle ne semblait pas se souvenir de la scène du mercredi précédent.

-Je voulais vous dire marina…il se tu brusquement.

– Et bien ? Son regard devint insoutenable.

Antoine savait qu’il suffisait de dire une phrase, une seule pour glisser dans un de ces tourbillons qui vous entraînent au fond de la mer, un de ces tourbillons d’où on ne remonte jamais, où l’on vit désormais dans une effroyable clameur de cataracte ! Il eut peur.

Elle semblait très lasse. Antoine la pris par le bras, la conduisit dans sa chambre. Là sans dire un mot, il l’étreignit, lui baisa fougueusement les lèvres, les cheveux, le cou, et d’abord elle se laissa faire sans réagir, puis lui rendit ses caresses avec tendresse. Le soleil éclairait de biais le visage de Marina marqué par la fatigue, la tension nerveuse, et les cernes légers qui lui meurtrissaient les yeux la rendait plus émouvante.

Il voulu ajouter quelque chose, manifester sa joie. Mais étais ce bien de la joie ce sentiment étrangement dilaté jusqu’à l’angoisse.

– Je t’aime tu me crois ? dit il. Tu dois me croire !

Oui, oui, elle le croyait. Il avait son code moral, un peu inattendu à ses yeux, mais qu’importait ? Elle recula légèrement, le regarda sans cesser de sourire. (Texte Roberte Colonel) toile Perrin Denis.

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Chant d’été…

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Mont Blanc photo du calendrier 2014 de Mario Colonel

Le soleil brûlant, les fleurs qu’en allant
Tu cueilles, viens fuir son ardeur
Sous la profondeur des feuilles.

Cherchons les sentiers a demi frayés
Où flotte, comme dans la mer,
Un demi-jour vert de grotte.

Des halliers touffus un soupir confus
S’éléve si doux qu’on dirait
Que c’est la forêt qui rêve…

Chante doucement ; dans mon coeur d’amant
J’adore entendre ta voix
Au calme du bois sonore.

L’oiseau, d’un élan, courbe, en s’envolant,
La branche sous l’ombrage obscur
La source au flot pur s’épanche.

Viens t’asseoir au bord où les boutons d’or
Foisonnent…le vent sur les eaux
Heurte les roseaux qui sonnent.

Et demeure ainsi toute au doux souci
De plaire, une rose aux dents,
Et ton pied nu dans l’eau claire.

Albert Samain, Au jardin de l’infante

Biographie D’Albert Samain Activités Poète

Naissance 3 avril 1858 à Lille, Empire français

Décès 18 août 1900 Magny-les-Hameaux, France

Mouvement symbolisme

Son père étant décédé alors qu’il n’a que 14 ans, il doit interrompre ses études pour gagner sa vie et devient employé de commerce. Vers 1880 il est envoyé à Paris , où il décide de rester. Il trouve un emploi de commis à l’Hôtel de ville, et il est bientôt rejoint par sa famille.

Depuis longtemps attiré par la poésie, il fréquente les cercles à la mode, tels que les Hirsutes et  les Hydropathes, et commence à réciter ses poèmes aux soirées du chat noir. Il participe à un cercle littéraire qui réunit quelques amis (dont   Antony Mars,  Alfred Valette et Victor Forbin ) dans une arrière boutique de la  rue de Monsieur-le Prince. Au début des années 1890, fortement influencé par beaudelaire , il évolue vers une poésie plus élégiaque. En 1893, la publication du recueil Au jardin de l’Infante lui vaut un succès immédiat. La perfection de la forme alliée à une veine mélancolique et recueillie caractérise un art d’une sensibilité extrême. Les poésies de Samain sont réimprimées un nombre considérable de fois jusque dans les années 1930. De nombreux musiciens composent des mélodies sur ses textes, parmi lesquelles plusieurs chefs-d’œuvre, comme « Arpège » de Gabriel Fauré ou « La maison du matin » D’adrien Rougier. Il collabore notamment au Mercure de France , à la fondation duquel il a participé, et à La revue des deux Mondes Du point de vue des formes poétiques, un de ses apports majeurs est l’invention d’un genre de Sonnet à quinze vers.

Miné par la phtisie , il meurt après seulement quelques années de production littéraire. Son œuvre a inspiré le sculpteur Emile Joseph, Nestor Carlier (1849-1927) qui réalise à partir de celle-ci: La Danseuse au voile et Pannyre aux talons d’or, en 1914. (Source documentation Wikipedia)

 

Oublie les mots que j’ai criés dans cet instant de peine…

*Elle lit-Fleurs - Une belle femme romantique-Douceur*

Oublie les mots que j’ai criés dans cet instant de peine
Dans cette nouvelle épreuve où je me débats
Ce sont ceux de cette douleur intense, souveraine
Qui réclament la douceur de ta voix, de tes bras.

J’écris ces mots de joie, d’espérance
D’un cœur qui a tant de raisons
Je n’ai plus cette innocence
Accorde-moi ton pardon.

Il vibre dans ta voix une tendresse nouvelle
Brille dans tes yeux l’étoile du désir
Se pourrait-il que je sois encore belle ?
Et que mes rides ne m’aient pas vu vieillir ?

Qu’importe les années visibles sur nos visages
Tes yeux restent mon seul miroir
Qu’importe notre âge
Ton amour a chassé mon désespoir.

Merci à Gyslaine amie de blog de m’avoir permis de vous proposer ce magnifique poème.

À propos de Gyslaine L

Elle précise qu’elle écrit la vie, l’amour en poésie, en français avec la traduction anglaise.  C’est par choix qu’elle a choisis de garder l’anonymat et de publier exclusivement sur le Net. Vous ne trouverez aucun recueil de ses poésies. Elle laisse à ses lecteurs, la liberté des critiques.  Si vous passez régulièrement, ou par hasard sur son Site, elle vous souhaite une bonne lecture et un bon moment. 

I write about life, love poetry, French with English translation. It is by choice that I have chosen to remain anonymous and publish exclusively on the Internet. You will not find a collection of my poems. I leave my readers, freedom of criticism. You who go regularly, or by chance, I wish you a good read and a good time

Voir tous les articles de Gyslaine L →

http://Igyslaine.wordpress.com/author/Igyslaine/

 Vous pouvez  l’écouter lire ses poèmes sur youtube.

 

 

Un Père …

En plus de ce cri « Où Es Tu Maman? » … Un autre cri venu s’ajouter à mes manques d’amour d’enfant : …  Je t’ai retrouvé Papa mais il m’est interdit de te rencontrer. 

Un père c’est un premier voyage
Dans le noir et sans âge
Qui nous lie à la mère
Un père c’est un premier amour
Avant de voir le jour
Dans un ventre où l’on tambour
Où ses mains nous entourent
Un père c’est une frontière qui sert
Un père c’est une barrière qui aide
Il nous offre les premiers pas
D’une vie de combat
Il nous venge chaque fois
Il nous rassure tout bas

Un père c’est une première colère
Jaloux au bout des lèvres
Mais qui borde nos reves

Un père c’est un premier bonheur
Une alliance autour du coeur
Qui dit oui a l’âme soeur
Creusant nos jours pleure

Un père c’est les heures qui espèrent
Un futur fait d’hier
Il nous confie une vie entière
De printemps et d’hiver
D’un baiser on le rassure
Un peu comme une mère

Un père c’est le dernier repère
Dans les bras de la terre
Une étoile qui eclaire nos envies

Un père  de Chimène Badi

Il est bon d’être seule

Il est bon d’être seul, parce que la solitude est difficile. Qu’une chose soit difficile doit nous être une raison de plus pour l’entreprendre. (Rainer Maria Rilke)

Il est bon d’être seule. Lorsque tout parle à ma mémoire et que le passé vient en ami me consoler des jours gris j’aime à me dire que je ne suis jamais solitaire. Au début de ma vie je fus éloignée, séparée, de ma maman. J’ai compris que plutôt que me faire une ennemie de ma solitude j’en ferais une alliée pour construire ma vie. A cette alliée je dirais tout de mes tourments ceux qui vous chavirent l’âme  jusqu’aux plus beaux moments de mes amours.

C’est ainsi que jour après jour mon chemin de vie fut construit dans la solitude. (Roberte Colonel) (peinture de Faulhaber-Hermine 1884- 1952)

Ils s’aiment en silence

Ils s’aiment en silence, et leur cœur se consume;
En attendant toujours l’instant qui doit venir.
Ils souffrent, mais pourtant ils n’ont pas d’amertume,
Ils savent que demain leur tourment va finir.

Ils savent que demain les Heures merveilleuses
Viendront sonner pour eux la fête de l’Amour
Et qu’Elles souriront aux belles amoureuses
Qui pleurent dans la nuit en espérant le jour.

Et dans le soir, fiévreusement, leurs bras se tendent
Bien qu’ils soient séparés, ils se parlent tout bas.
Ils disent doucement que leurs âmes attendent,
Et qu’il est des amours qu’on ne détruit pas.

Ida Faubert
(dans Terre de femmes de Bruno Doucey) blog http://lalitoutsimplement.com/ Image blog famille.fr