L’étrangeté de leur rencontre…

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– Sais tu quelle heure il est ? Près de quatre heures !

– Rien ne presse, dit-il.

 -Nous venons juste de nous retrouver et tu voudrais déjà disparaître ?

Il constatait quelle avait toujours cette crainte pour ne pas oublier ses responsabilités. Rien ne la ferait jamais changer d’avis. Il se souvenait de la façon dont elle avait mise fin à leur amour de jeunesse. Il tremblait de la froisser et de la perdre à nouveau. Il prenait plaisir à la regarder serrer son verre entre ses mains. Elle vivait sans doute dans le présent se merveilleux moment. Alors qu’au fond de sa mémoire ce moment évoquait  d’un coup l’aride désert qui s’étendait en lui. Ils s’étaient tant aimés. Il avait  bravé tous les interdits imposés par l’incompréhension de sa famille. Il se fichait bien de savoir d’où elle venait, il l’aimait et peut lui souciait d’en savoir plus sur sa naissance.

Ils s’étaient rencontrés par un bel après midi de printemps. Ils avaient échangé un regard  et il lui avait demandé si elle voulait danser. –Je ne sais pas danser c’est mon premier bal lui avait-elle répondu. Il lui avait pris la main et l’avait entraîné sur la piste de danse. Tout son corps se souvenait de ses instants. Ce bonheur parfait avait duré des années…jusqu’au jour où un malheureux nuages était venus assombrir leur  entente et elle n’avait su pardonner.

Des années plus tard il avait apprit son mariage par des amis … et le jour venu il s’était enivré hurlant a qui voulait l’entendre qu’il  aurait du la retenir.

Il lui était arrivé de partir à sa rencontre là où il était sûr de l’apercevoir sans jamais oser l’interpeller. Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent face à face sur ce chemin dans la montée de l’allée des Balmes. Il la vie si belle.  Il ne pouvait détacher ses yeux de son visage. Ils furent si prêts qu’il ne put se retenir de la prendre dans ses bras. L’étrangeté de leur rencontre la subjugua elle se sentit plus intriguée qu’alarmée.

-Une fois au moins je voudrais t’entendre me dire que tu m’aimes.

Elle murmura, penchée vers lui…

-Tu le sais pourquoi me le demander ? Vite elle lui ferma la bouche de la main, en souriant.

Cet aveux le laissa désemparé comme si il lui donné conscience d’avoir vécu sans fondations réelles qui s’était renversé au premier choc et qu’il pouvait espérer  une mesure de clémence en dépit de toutes ses années perdues sans sa présence à ses cotés.

Il résista à l’envie de la serrer dans ses bras. Il l’observa à la dérobée, vit ses paupières  lasses, les cheveux ombrant les joues, le pli des lèvres un peu plus accusé  comme par l’effet d’une peur encore au fond de l’âme, affleurant à peine. Ils marchaient si près l’un de l’autre que  Leurs mains se frôlaient, il eut envie de lui demander d’arrêter un instant pour la serrer contre lui, l’embrasser avant l’épreuve, avant le grand choc qui peut être les briserait à nouveau.

-Je comprends que j’ai l’air de sauter dans ta vie comme un animal de cirque à travers un cerceau de papier,  depuis notre rupture j’ai ignoré certains sentiments et, pour la première fois aujourd’hui la vie m’apparaît différente. Il faut que tu en sois persuadée.

– Cette fois surtout ne me fais plus de mal, dit elle à voix basse.

Elle semblait très émue bien qu’elle voulût paraître aussi décidée que lui.

– Certaines nuits, dit elle, j’avais tellement envie de toi que je me retournais dans mes draps, que je regardais par la fenêtre observant la rue avec l’espoir que tu serais là, sous les arbres et que j’aurais qu’a t’appeler… jamais je n’ai aimé un homme  avec cette force.

Cependant comme il l’avait pressentit toutes ses pensées qui s’agitaient en lui l’oppressaient …  il se sentait dériver, sans force, il aurait voulu reculer cette minute… où l’inexorable ce produirait.

Dehors sous le ciel incendié de juillet les végétaux semblaient découpés dans d’épaisses lames de métal.  Elle se pencha vers lui, et refusa ce bonheur qu’ils avaient à portée de main.   

(Texte Roberte Colonel)  (Toile de Norm Eastman)

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Griserie merveilleuse…

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 Prise par l’absolu des mots qui captaient son attention Soraya avait lu vite. Les joues contractées, ses mèches de cheveux tombants sur son visage elle semblait si imprégnée par sa lecture qu’elle n’entendit pas sonner à la porte d’entrée. Un long moment  s’écoula avant qu’elle ne prenne réellement conscience qu’une personne se trouvait à attendre derrière la porte. Encore si troublée par sa lecture, les mains dans les poches de sa robe, d’un pas nonchalant elle se dirigea vers le hall d’entrée. Elle hésita une fraction de seconde avant d’ouvrir la porte  réprimant cet élan avec la crainte de se trouver face à un importun.

Il était face à elle. Il avait le teint hâlé, un air de distinction et de finesse. Elle percevait la puissance dévorante qu’elle ressentait déjà  au contact de sa main. Elle avait parlé vite freinant l’élan qui la poussait à se jeter dans ses bras. Il y avait si longtemps qu’elle ne l’avait revu. Elle se souvenait de ses mains entourant sa taille, de la chaleur de sa bouche, de la pureté de leur premier baiser. Ils n’étaient que de jeunes adolescents lorsqu’ils s’étaient rencontrés. Elle poursuivait ses études loin de chez elle. Ils ne se voyaient que pendant les vacances scolaires. Le temps avait passé sur leur jeunesse et chacun avait poursuivi sa route. Jusqu’au jour où le hasard décida de les faires se rencontrer à nouveau. Griserie merveilleuse ! Ils se redécouvraient d’instinct. Cœurs à cœur, par l’amour à l’amour infini qu’ils reconnaissaient dans le plus simple de ses élans. Les lèvres blêmes, entrouvertes, trouvant la force de prononcer « Pour quelles disaient ces lèvres sommes nous restés si longtemps éloignés l’un de l’autre? » Tu le conçois ? Petit silence. Il souriait  et son sourire faisait bouger le filet de rides sur son front.  Il l’attira à lui. Elle avait un corps long, mince, et le visage d’une grande  beauté, les lèvres généreuses cependant. Sa robe très sobre était faite d’une seule pièce de laine bleue, ornée d’un col plus foncé. Elle portait un collier avec une grosse perle verte où s’allumaient des lueurs brillantes.  Elle sortait de mots rapides dont Jordanne ne cherchait même pas à capter le sens trop préoccupé d’imager ce corps qu’il reconnaissait et qui l’enflammait. Ils s’étaient aimés à l’âge de l’étudiant, il s’en souvenait, tout n’était pour eux que rêves, désirs, troubles délicieux, espoirs confus, avec cette confiance au creux de l’âme qui ajoutait à ses émerveillements ! Ils s’étaient retrouvés, ils auraient le temps pour l’explication comme s’ils étaient conscients, subitement, de l’importance que leur procurait la joie d’être seul au monde en cet instant. Texte Roberte Colonel (peinture Emmanuel Garant)