Soleils couchants…

Le soleil s’est couché ce soir dans les nuées;
Demain viendra l’orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l’aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s’enfuit !

Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d’argent, sur les forêts où roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.

Et la face des eaux, et le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S’iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu’il donne aux mers.

Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m’en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde immense et radieux !

Victor Hugo, Les Feuilles d’Automne

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Conclusion

    Soleils couchants est bien un poème lyrique (thème de la fuite du temps) : face à ce coucher de soleil, l’auteur constate avec tristesse et amertume son sort et son impuissance face à une nature qui se renouvelle et rajeunit au fil des saisons. Au contraire, l’Homme subit cette fuite, l’amenant à une disparition opérée dans la joie et l’indifférence. Ces quatrains, en présentant une méditation sur le temps qui passe, permet le constat tragique de la condition humaine. « Doc Internet »

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La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste. (Victor Hugo)

Les mots d’amour…

 

proverbes

Les mots d’amour ne meurent pas,
Ils vivent au fond des mémoires
Comme les anciennes histoires
Qu’enfants, on nous contait, tout bas.

Ils sont les souvenirs des heures
Dont les regrets sont les moments;
Parfois, ils en sont les tourments
Et blessent les âmes meilleures.

Car plus d’une, au jour des aveux,
Prenant pour témoin l’hirondelle,
Jura qu’elle serait fidèle
Et ne ferait qu’une de deux.

Elles ont trahi! Pauvres âmes,
Leur amour, c’était l’amitié…
Mais les mots d’amour, sans pitié,
Les brûlent ainsi que les flammes!

Car — tristesse! — ils ne meurent pas,
Ils vivent au fond des mémoires
Comme les anciennes histoires
Qu’enfants, on nous contait, tout bas.

Albert Lozeau, Textes choisis et présentés par Yves de Margerie

 

Méditer sur un livre…

Ce n’est que peu de chose de méditer sur un livre; cela dépasse de bien loin la conversation la plus étudiée, où l’objet change aussitôt par la réflexion. Le livre ne change point, et ramène toujours il faut que la pensée creuse. (Emile Chartier) (peinture Ralf Heynen)

Dans la mémoire un lieu et ses effluves…

Chaque lettre a une odeur, chaque verbe, un parfum. Chaque mot diffuse dans la mémoire un lieu et ses effluves. Et le texte qui peu à peu se tisse, aux hasards conjugués de l’alphabet et de la remembrance, devient alors le fleuve merveilleux, mille fois ramifié et odorant, de notre vie rêvée, de notre vie vécue, de notre vie à venir, qui tour à tour nous emporte et nous dévoile. (Philippe Claudel) Traduit du danois par David Soldi.(texte blog Lali tout simplement) illustration de Mary Mayo

Hans Christian ANDERSEN

« C’est pourtant extraordinaire, tout ce qui peut sortir d’un encrier ! »

Ces paroles, vous auriez pu les entendre, si vous vous étiez trouvé un certain jour dans le cabinet d’un grand poète. Sur la table était un bel encrier : c’était lui qui discourait ainsi s’adressant à la plume, au canif, à tous les objets de l’écritoire.

« Oui, je le répète, continua-t-il, c’est extraordinaire, inimaginable ! Que de choses n’ai-je pas déjà vu tirer de mon sein ! Combien d’autres en sortiront encore quand les hommes puiseront de nouveau à la source que je contiens. Une goutte suffit pour couvrir une demi page de papier. Non, vraiment, c’est étonnant ! Toutes les créations du poète, ces figures si vivantes, ces sentiments tendres exprimés en vers si gracieux, ces belles descriptions de la nature, tout cela émane de moi. Ce qu’il y a de plus particulier, c’est que je ne connais pas du tout la nature ; il y a donc en moi un instinct inconscient, admirable. Et tenez, ces chevaliers héroïques, montés sur des palefrois hennissants ; ces charmantes châtelaines qui paraissent dans le dernier poème de l’homme qui est chargé d’extraire les trésors que je renferme, tout cela est sorti de moi ; et je vous assure qu’en produisant ces merveilles, je ne pense à rien : voilà ce qu’il y a de plus fort.

– Vous avez bien raison, interrompit la plume, en disant que vous ne pensez à rien. Si vous réfléchissiez tant soit peu, vous comprendriez que votre rôle n’est que de fournir un liquide qui sert à exprimer, à tracer sur le papier, ce que moi je contiens d’idées. C’est la plume qui écrit, mon cher. Autrefois, lorsqu’il n’y avait pas encore d’encre, c’était mon aïeul le stylet qui écrivait ; or, que dit-on d’un grand écrivain ? Il a un style sublime, émouvant. D’un autre on dira : Il a une plume élégante. Jamais il n’est question d’encrier. Mais on dit : Bête comme un pot. Or êtes-vous autre chose qu’un pot à encre ?

– Paix ! ma mie, répondit l’encrier ; je vous pardonne les injures que vous me dites ; vous n’avez pas plus d’expérience qu’une gamine. Combien de temps y a-t-il que vous avez réellement fait votre entrée dans le monde ? Une semaine à peine, et vous voilà déjà presque usée et au bout de votre carrière. Vous n’êtes qu’un simple instrument, ma belle ; à combien de vos pareilles n’ai-je pas déjà fourni mon admirable liquide ? Les unes étaient des plumes d’oie ; d’autres, des plumes d’acier de fabrique anglaise de toute provenance. Je les ai eues à mon service l’une après l’autre, et j’en aurai encore bien d’autres après vous. Ce n’est pas de cela que je suis en peine ; mais je voudrais bien savoir ce qui sortira de mon sein, quand l’homme y puisera la prochaine fois.

La plume ne répliqua que par un grattement dédaigneux.

Le poète revint chez lui, tard dans la soirée. Il avait été au concert, et il avait entendu un célèbre violoniste ; il était encore tout ému du jeu incomparable et enchanteur du virtuose qui savait tirer de son instrument des sons qui tantôt ressemblaient au doux gazouillement des oiseaux, tantôt faisaient l’effet de la tempête passant à travers une forêt de sapins. Puis c’étaient des accents qui serraient délicieusement le coeur et arrachaient des larmes. On aurait dit que non seulement les cordes, mais encore le chevalet, les vis, le fond du violon, résonnaient et émettaient des mélodies. Le morceau était des plus difficiles à exécuter ; mais le jeu de l’artiste était si aisé, si parfait, que tout le monde croyait pouvoir en faire autant. L’archet courait si librement, comme de lui-même, qu’on oubliait tout à fait l’artiste qui animait l’instrument et lui communiquait les inspirations de son âme.

Mais le poète, lui, ne l’oubliait pas, et voici les pensées qu’il se mit à écrire :

« Que de folie ce serait si l’archet ou le violon s’imaginaient que c’est à eux que revient la gloire de produire ces harmonies célestes, et s’ils s’en targuaient !

« Et cependant, nous autres humains, poètes, artistes, savants, princes, hommes d’État, capitaines, nous nous vantons de nos faits et gestes, et cependant nous ne sommes que des instruments dans les mains du Maître suprême dont nous exécutons les desseins, dont l’esprit divin nous inspire. À lui seul l’honneur ! »

Le poète se recueillit alors et écrivit ensuite une parabole : le Maître et les instruments.

Quand il fut parti, la plume dit à l’encrier :

« Eh bien, j’espère que vous avez reçu votre paquet ! Vous avez, je pense, saisi ce que je viens d’écrire ?

– C’est-à-dire ce que je vous ai donné à écrire, répondit l’encrier. Il y a là de quoi rabattre à jamais votre caquet, si vous aviez assez d’intelligence pour comprendre combien je me suis moqué de vous. D’un coup je me suis vengé de toutes vos insolences.

– Méchant pot à encre ! s’écria la plume en crachant de toutes ses forces.

– Mauvaise plume hors de service ! » Répondit l’encrier sur le même ton.

Tous deux pensaient avoir chacun rivé à l’autre son clou, et sur ce doux sentiment ils s’endormirent.

Le poète, lui, ne sommeillait pas. Accoudé à sa fenêtre, contemplant la nuit étoilée, il sentait ses idées se presser dans sa tête, comme les sons naguère coulaient à travers le violon ; les unes étaient fines et gracieuses, les autres grandioses et sublimes. Son coeur vibrait sous l’inspiration du Maître suprême :

« À lui seul l’honneur ! »    Traduit du danois par David Soldi.

 

Crêpes & CO.

 Invitation chez moi  :

Soirée crêpes avec des amis. Alors que je me demandais comment faire des crêpes un peu originales le hasard a bien fait les choses… Hier, j’ai trouvé à la boutique de France Loisir un magnifique livre intitulé « Crêpes & CO. »

Malgré toute la gentillesse de mon amie qui c’est proposé de faire mes crêpes… ce soir je vais être très occupée. Aussi je ne vais pas vous donner la base et  le comment de la recette des crêpes.  Je vais simplement partager ces quelques lignes recopiées sur le livre de Louise Denisot « Crêpes & CO.

-Nous avons tous un souvenir d’enfance bien personnel de crêpes, celles, généreuses et sucrées d’une grand-mère aimante, les galettes de blé noir au beurre salé croquées brûlantes, les joues rougies par les embruns de Bretagne » où  d’ailleurs ! C’est un fait, la crêpe plaît aux petits et aux grands, mais elle n’est pas que transgénérationnelle! Elle est aussi transcontinentale puisqu’elle existe sous toutes les latitudes : sous forme de blinis, à l’Este, de pancakes à l’Ouest et notre classique beurre sucre au milieu ! Elle mérite donc bien son propre livre.

Il y a de quoi voyager, et si les garnitures classiques sont toujours des réussites (confiture, chocolat, sans oublier cette chère Suzette…), les crêpes sont aussi, comme le pain, un large champ des possibles pour laisser aller son imagination : varier les farines- de blé, de sarrasin, de châtaigne-, aromatiser les pâtes aux eaux de fleurs d’oranger, aux infusions sucrées ou salée et au sirop coloré. Et bien sûr épater la galerie avec des créations originales du petit déjeuner avec des pancakes au riz au lait, au goûter avec un gâteau de crêpes aux fraises Tagada pour retomber en enfance ou chocolat-orange pour un dessert voluptueux…

Si la Chandeleur est l’occasion pour tous de recouvrir les crêpes, elle mérite dignement de s’inviter plus régulièrement à nos tables sucrées ou salées, d’ici ou d’ailleurs. Une fois les quelques tournemains adoptés  (ce qui prendra un rien de temps !) à vous le appétits de petits ogres satisfaits avec gourmandise, les dîners chics épatant, les goûters réconfortants et les desserts de fêtes.

Alors crêpes, pancakes et autres galettes, un…deux…trois… faites sauter !