Nuit de neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.Mais on entend parfois, comme une morne plainte,Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;
Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas. (Auteur : Guy de MAUPASSANT)

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Où donc est le bonheur ? disais-je.

Où donc est le bonheur ? disais-je. – Infortuné !
Le bonheur, ô mon Dieu, vous me l’avez donné.

Naître, et ne pas savoir que l’enfance éphémère,
Ruisseau de lait qui fuit sans une goutte amère,
Est l’âge du bonheur, et le plus beau moment
Que l’homme, ombre qui passe, ait sous le firmament !

Plus tard, aimer, – garder dans son coeur de jeune homme
Un nom mystérieux que jamais on ne nomme,
Glisser un mot furtif dans une tendre main,
Aspirer aux douceurs d’un ineffable hymen,
Envier l’eau qui fuit, le nuage qui vole,
Sentir son coeur se fondre au son d’une parole,
Connaître un pas qu’on aime et que jaloux on suit,
Rêver le jour, brûler et se tordre la nuit,
Pleurer surtout cet âge où sommeillent les âmes,
Toujours souffrir ; parmi tous les regards de femmes,
Tous les buissons d’avril, les feux du ciel vermeil,
Ne chercher qu’un regard, qu’une fleur, qu’un soleil !

Puis effeuiller en hâte et d’une main jalouse
Les boutons d’orangers sur le front de l’épouse ;
Tout sentir, être heureux, et pourtant, insensé
Se tourner presque en pleurs vers le malheur passé ;
Voir aux feux de midi, sans espoir qu’il renaisse,
Se faner son printemps, son matin, sa jeunesse,
Perdre l’illusion, l’espérance, et sentir
Qu’on vieillit au fardeau croissant du repentir,
Effacer de son front des taches et des rides ;
S’éprendre d’art, de vers, de voyages arides,
De cieux lointains, de mers où s’égarent nos pas ;
Redemander cet âge où l’on ne dormait pas ;
Se dire qu’on était bien malheureux, bien triste,
Bien fou, que maintenant on respire, on existe,
Et, plus vieux de dix ans, s’enfermer tout un jour
Pour relire avec pleurs quelques lettres d’amour !

Vieillir enfin, vieillir ! comme des fleurs fanées
Voir blanchir nos cheveux et tomber nos années,
Rappeler notre enfance et nos beaux jours flétris,
Boire le reste amer de ces parfums aigris,
Être sage, et railler l’amant et le poète,
Et, lorsque nous touchons à la tombe muette,
Suivre en les rappelant d’un oeil mouillé de pleurs
Nos enfants qui déjà sont tournés vers les leurs !

Ainsi l’homme, ô mon Dieu ! marche toujours plus sombre
Du berceau qui rayonne au sépulcre plein d’ombre.
C’est donc avoir vécu ! c’est donc avoir été !
Dans la joie et l’amour et la félicité
C’est avoir eu sa part ! et se plaindre est folie.
Voilà de quel nectar la coupe était remplie !

Hélas ! naître pour vivre en désirant la mort !
Grandir en regrettant l’enfance où le coeur dort,
Vieillir en regrettant la jeunesse ravie,
Mourir en regrettant la vieillesse et la vie !

Où donc est le bonheur, disais-je ? – Infortuné !
Le bonheur, ô mon Dieu, vous me l’avez donné !
« Victor Hugo »  28 mai 1830

bleu

Bleu; un mot aux connatations rassurantes et poètiques qui séduit, qui apaise, qui fait rêver. Un champ sénatique qui évoque le ciel, la mer, le repos, le voyage, les vacances, l’infini, le souvenir, le désir; la couleur de l’amour, de la mélancolie et du rêve…et qui confère à toutes choses auxquelles il est associer un charme particulier qu’aucun autre terme de couleur ne pourrait leur offrir: the »bleu hour » des Anglo-saxons, l’oiseau bleu des contes de fées, « la fleur bleu’ des romantiques et le bleu, fameux genre musical afro-américain. Bleu la couleur devenue le symbole et la couleur préférée de nos sociétés européenne et occidentales...

(ce ci est une recherche trouvée sur Internet)

Vivre tout simplement

 Tendre la main est je l’avoue, un geste simple

Encore faut-il oser le faire, mais aussi recevoir

Le message qui retrace l’instant certes, humble

Dans ce cas précis, il n’est possible de décevoir.

 Au-delà du geste, il y a ce langage tendre, muet

L’autre, devient riche à l’instant de ce partage

Cette richesse acquise, il en fera alors le guet

Afin de ne pas perdre, ce cadeau en héritage.

 Cette main peut aussi essuyer, une petite larme

Née, d’une divergence d’opinion, qu’importe

Comment réagir, pleurer ou évoquer un drame

Parfois l’amour se transforme, devant une porte.

 Qu’il est doux de croiser un regard, qui accepte

L’homme, tel qu’il est avec ses espoirs et trésors

Il est temps de laisser tomber, tous les préceptes

Que cette nuit d’automne, éloigne le dernier port.

 Cette bouche rendue mélancolique, par la vie

Est invitée à apprendre à sourire, en ce temps

Où le lendemain hélas, n’est pas encore inscrit

La seconde passe, il suffit de vivre cet instant.(Le Passeur)